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 La créativité à l’école

« Les dogmes d’un passé serein sont inadéquats pour notre présent tumultueux. Les circonstances actuelles voient les difficultés s’accumuler et nous devons nous élever avec ces circonstances. Nous devons penser et agir de manière nouvelle et nous devons nous désengager de nos liens.»

A. LINCOLN

Quand on parle de créativité à l’école, de lointains souvenirs émergent de notre enfance: les cours d’arts visuels, théâtre, musique… Des odeurs de colle ou de gouaches humides. Des souvenirs de chants ou comptines miraculeusement exhumées de lointaines séances de musique. Des fresques saisonnières épinglées au-dessus des portes manteaux, les fêtes des mères et leur cortège de bricolages plus ou moins inspirés…

Limiter l’acquisition de la créativité à ces matières et leurs glorieuses productions restreint son importance et pose la question du choix et de la qualité des matières enseignées, de leur utilité future dans la construction de l’autonomie de l’adulte en devenir. Cette créativité repose-t-elle uniquement sur la seule question de quelques matières artistiques ou prend-elle tout son sens bien en amont ?  Nous avons tous un intérêt dans l’éducation, un avis, quelque chose à dire, mais il a d’abord comme référentiel, la nôtre. Pourquoi n’oserions-nous pas questionner les modèles hérités de ceux de nos parents et oser repenser… tout !

Sir Ken Robinson* dit que la créativité est aujourd’hui aussi importante que la littérature et nous devrions traiter ces deux domaines à parts égales. Il s’attache à démontrer que le système traditionnel d’enseignement est obsolète.

Dans ses conférences, il dénonce ce système éducatif comme basé sur la notion d’aptitudes académiques. Il y a une raison dit-il, tous ces systèmes sont apparus et ont été conçus avant le 19e siècle pour satisfaire les besoins d’industrialisation. Ce modèle est perpétué aujourd’hui pour calibrer des individus pour les faire rentrer à l’université.

Tous les systèmes éducatifs autour du monde sont hiérarchisés dit-il. Tout en haut les mathématiques et les langues. Puis les sciences humaines et l’art. L’art ensuite a sa propre hiérarchie : En haut les arts plastiques et la musique, suivent la danse et les arts dramatiques. Beaucoup de gens brillants, talentueux pensent qu’ils ne le sont pas car toutes les matières dans lesquelles ils excellaient n’étaient pas valorisées ou stigmatisées comme mineures. La raison pour laquelle les gens quittent leurs études c’est qu’elles ne nourrissent par leur énergie ou leur passion.

Nous devons quitter ce modèle éducatif industriel linéaire pour aller vers un modèle visant l’épanouissement humain. Le système scolaire enferme l’enfant dans une découverte de lui qui se limite à des savoirs alors qu’il devrait bien davantage construire sa vie et ce à quoi il se destine.

Pour Ken Robinson, chaque personne vit dans deux mondes, l’un qui existe sans vous et que l’école permet de décrypter, et l’autre qui n’existe que parce que vous êtes là et qui « est venu au monde quand vous êtes né ». Le premier monde est privilégié par l’école, alors que le second mériterait largement d’être investi et mis à profit. L’école doit évoluer pour que l’enfant puisse faire fleurir le grand jardin qui est en lui.

Dans son plaidoyer pour une éducation adaptée au fonctionnement humain, Céline Alvarez** met au goût du jour les travaux de Maria Montessori en décrivant un moment propice voir capital pour l’acquisition de certaines compétences, les compétences exécutives.

En déterminant les périodes sensibles en matière d’apprentissage chez l’enfant, elle va cibler l’acquisition de ces compétences comme devant être placées au coeur des premières années de l’enfant à l’école. Elles se décomposent en trois points :

  • Acquérir une bonne mémoire de travail, c’est à dire la capacité à retenir une consigne.
  • Avoir un bon contrôle inhibiteur qui est la maîtrise des émotions et la capacité à rester concentré sur ses tâches.
  • Avoir une bonne flexibilité cognitive qui est la capacité à trouver des solutions par soi-même, la capacité d’autocorrection où le développement de la créativité s’enracine autour de la recherche de solutions.

Les compétences exécutives sont considérées, dit-elle, comme les fondations biologiques des apprentissages. Les enfants qui réussissent ont de bonnes fonctions exécutives. Ces enfants qui réussissent mieux intègrent de meilleurs écoles, sont moins addict aux drogues, sont en meilleur santé, gèrent mieux leur stress. Ils ont des relations sociales équilibrées… De nombreuse études indiquent que de bonnes fonctions exécutives seraient plus prédictives pour la réussite globale que le QI.

Apporter aux enfants de bonnes fonctions exécutives est crucial dans leur développement. Offrir aux enfants les moyens de construire ces compétences est l’une des plus importantes responsabilités de la société explique le centre de développement de l’enfant de Harvard.

Ces études démontrent que chez l’enfant, une « fenêtre plastique » mettant l’enfant en hyper capacité d’acquisition de bonnes fonctions exécutives s’ouvre entre 3 et 5 ans, âge qu’on appelle : « je veux faire tout seul ». Il y a des indicateurs positifs chez nos enfants qui nous montrent leur disponibilité à acquérir ces compétences. C’est quand ils ont envie de faire seul. Quand l’enfant voudra mettre sa chaussure seul, il devra mobiliser sa mémoire de travail (comment m’a-t-il montré déjà ?), il va devoir mobiliser son contrôle inhibiteur pour se concentrer sur sa tâche et faire abstraction des autres et enfin chercher des solutions s’il n’y arrive pas grâce à sa flexibilité cognitive.

S’opposer à l’idée que l’enfant veuille faire seul à ce moment là, c’est s’opposer à l’acquisition de ces compétences sous prétexte qu’il n’y arrivera pas, que c’est pas à sa portée, qu’il faudra tout ranger, … C’est s’opposer à l’intelligence humaine qui est en train de ce construire et on retrouve ainsi des enfants désœuvrés, capricieux ou agités en classe qui n’ont pas activé leur énergie d’action complexe car on fait tout à leur place. Exemple de l’enfant qu’on habille, qu’on chausse, qu’on porte à bout de bras sans l’autonomiser.

Nul besoin d’activités extraordinaires pour construire les fonctions exécutives. Céline Alvarez dit qu’on doit soutenir l’envie de faire seul au quotidien, impliquer les enfants dans des responsabilités et les aider à faire seul dès le plus jeune âge en soutenant un étayage individuel constant et bienveillant.

Si la créativité est la capacité d’un individu à imaginer, construire et mettre en œuvre une solution originale à un problème, elle est un pendant logique de l’autonomie, finalité ultime des apprentissages.

C’est à l’intérieur d’une approche consciente du développement de l’enfant que se construit notre enseignement à l’Ecole Eden. Questionner sans cesse notre pratique éducative et pédagogique c’est penser ou repenser les compétences à transmettre aux enfants dans un monde un mutation constante où cette autonomie rime sensiblement avec adaptabilité et créativité pour faire de nos enfants des adultes épanouis.

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*Ken Robinson, universitaire, conférencier, spécialiste de l’éducation.

**Céline Alvarez, enseignante, linguiste, passionnée de sciences cognitives a écrit « les lois naturelles de l’enfant » après avoir mené une étude inédite en immersion en classe enfantine en zone sensible en France.