Article

Aider les enfants à grandir et s’épanouir, leur donner l’envie de comprendre, de se construire, de se visiter intérieurement, d’être en lien avec les autres et le monde…l’envie de fleurir… puis apprendre à devenir sérieux sans se prendre au sérieux…

Quoi qu’on en dise, la qualité du devenir des enfants est liée à l’implication et la présence que les adultes auront pour eux. L’éducation des enfants au sens large, impliquant donc aussi l’école, se compare au peintre avec son tableau. Le parfaire et le rendre beau exige du temps, de l’investissement et beaucoup de patience et  de tolérance. Chacun des regards posés sur lui vont colorer son sens de l’identité, l’aider à apprivoiser et comprendre son musée intérieur.

L’école Eden a instauré un espace de liberté où les enfants ont tout le loisir de se découvrir et de s’inventer. Grâce à une pédagogie générale qui s’articule autour de cours qui développent la possibilité de se comprendre de l’intérieur, les enfants sont amenés à devenir acteur de leur construction, conscients de leurs possibilités, de leurs forces et faiblesses, et ainsi apprendre à  mieux vivre et communiquer avec les autres, en prenant leur place.

Ce travail de conscience passe entre autre par l’identification, la reconnaissance et l’expression des émotions. Agréables, désagréables, envahissantes, réconfortantes, calmantes, toutes ces sensations habitent la même maison, le corps. Le travail du cours de théâtre-mouvement s’articule  autour de la rencontre avec cet univers intérieur afin de connecter les enfants à eux-mêmes et leur permettre d’accepter tout ce qui se passe dedans. Il se passe mille choses, et on apprend à dire oui à tout cela, sans se battre contre, en s’éloignant le mieux possible des concepts de bon ou mauvais.

Les émotions existent, il faut faire avec et une des clés pour les accepter est de les apprivoiser. C’est une recherche d’équilibre. Ne pas nier les émotions, ne pas les laisser devenir maître…

L’écoute de nos émotions aide à gérer ses tensions, y compris émotionnelles, et permet que ce ne soit pas elles qui mènent la vie. En reconnaissant leur présence, puis en les identifiant petit à petit-  malgré leur caractère non-verbal- les enfants pourront au fil du temps, déterminer leur personnalité et leur propre ligne de conduite. Mises en parallèle avec le langage verbal, les émotions construisent la pensée, ajoutant l’intuition au raisonnement. C’est un travail qui se fait lentement, très lentement. C’est même probablement le travail de tout être humain, tout au long de la vie…

Evidemment que le but ne peut pas être d’amener les enfants à cette connexion vers l’intérieur sans cultiver le lien vers l’extérieur. C’est justement ce lien vers les autres qui va fortifier et confirmer les impressions intimes de leurs émotions qui est important. Actuellement il y a des recherches en neurosciences qui montrent clairement que nos neurones entrent sans arrêt en résonnance avec ceux des autres et qu’ils sont faits pour se mettre en phase avec eux. Boris Cyrulnik, neuropsychiatre,    dans un entretien avec Patrice Van Eersel (Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner, éditions Albin Michel) décrit à quel point il est capital que les enfants soient en lien direct avec les autres, dans l’observation et la rencontre :  « Les rituels d’interaction sont notamment faits de milliers de petites mimiques infra verbales, de hochements de tête, de regards, d’intonations de la voix, qui nous font réagir au centième de seconde (grâce à nos neurones en miroirs et à nos neurones en fuseaux).Par exemple, nous pensons en un éclair : « Ouh, il se fâche, il faut que j’arrête » ou au contraire : « ce que je lui dis lui plaît, je peux continuer ».

Ces  interactions émotionnelles sont capitales pour se mettre en phase avec les autres et développer cette qualité si précieuse dans les relations qu’est l’empathie.

Sentir ses propres émotions pour résonner avec celles des autres, être attentif à leurs besoins et leurs sentiments, comme aux siens.

Sentir et se sentir senti.

emotion2