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En pédagogie, les idées pionnières relèvent autant de l’intuition que du pragmatisme. Elles sont le reflet d’un manque, d’un besoin. Leurs auteurs sont des enseignants passionnés, souvent insatisfaits de leur pratique au quotidien. Dans un premier temps ils la questionnent, face à une situation nouvelle. Puis ils expérimentent, adaptent, perfectionnent. Vient ensuite le partage, la circulation des savoir-faire, des connaissances acquises. Ils font des émules, des nouveaux adeptes qui sont autant de relais qui s’approprient, personnalisent et transmettent à leur tour. Le concept de classe inversée en est une illustration.

Histoire brève

Le pionnier pourrait bien être Benjamin Blum, dans les années 70, ou peut-être, une vingtaine d’années plus tard, le professeur de physique Eric Mazur. Mais on retiendra plus facilement les deux histoires qui suivent.

Deux professeurs de mathématiques et chimie du Colorado, filment leurs cours et les envoient, par internet, aux élèves absents, afin qu’ils ne prennent pas de retard. Ils s’aperçoivent que progressivement, leurs vidéos sont de plus en plus regardées…par les étudiants présents à leurs cours ! Ils vont donc proposer à tous de prendre connaissance des leçons, chez eux, via des vidéos et leur proposent des exercices, des projets à leur retour en classe. La pédagogie inversée est née !

Salman Khan est informaticien. Il veut aider ses petits cousins à faire leurs devoirs. Ceux-ci habitent à plusieurs centaines de kilomètres. Il enregistre de courtes vidéos dans lesquelles il explique les notions qu’ils n’ont pas comprises et leur envoie, via un compte qu’il crée sur UTube. Bientôt il s’aperçoit que ses petits films sont regardés par de plus en plus de monde. Il donne une nouvelle orientation à sa vie professionnelle et crée la Khan Academy, une plate-forme gratuite de cours en ligne, accessibles à tous.

Un nouvel élan

Face à la multitude des supports et des ressources en ligne, l’enseignant peut désormais, s’il le désire, reconsidérer sa place au sein d’un groupe d’étudiants. Car c’est un fait : il n’est plus le détenteur unique d’un savoir, devant sa classe, depuis Internet.  Pourquoi pas, dans ce cas, endosser le rôle du guide, plutôt que de conserver celui de magister ? Et, par la même occasion, en profiter pour changer de posture : enseigner côte à côte avec ses élèves plutôt que face à face. Et si une solution pour (re)motiver les apprentissages était sous nos yeux ! D’un côté, un professeur qui, sans tout révolutionner, décide de changer sa façon d’être; qui propose un support d’apprentissage attractif qui lui permet d’être plus disponible auprès de ses élèves. De l’autre, un élève plus motivé, parce qu’on l’autorise à progresser à son rythme et qu’on l’invite à se montrer plus autonome et responsable, face à son travail. 

Concrètement, comment ça marche ?

  •  L’enseignant introduit une leçon sous la forme d’une vidéo assez courte.
  •  Les élèves la visionnent, seul ou en groupe, à l’école ou à la maison.
  • Le professeur évalue le degré de compréhension par un questionnaire.
  • Il répartit ensuite ses élèves en plusieurs groupes de travail, en fonction des besoins pour : revoir la leçon si nécessaire; la renforcer au moyen d’exercices écrits ou avec des applications adaptées (sites internet, applications sur Ipads); proposer un travail de recherche en vue d’une production (exposé, rédaction…)
  • Les enfants construisent une trace écrite de la leçon sous une forme visuelle et schématique (carte mentale).
  • Individuellement ou en groupe, les enfants réinvestissent leurs connaissances en réalisant un petit projet qu’ils présentent à la classe.

La pédagogie inversée à l’école Eden

Les enseignants appliquent progressivement cette pédagogie. Ils sont formés sur les principes, les objectifs et les processus de sa mise en oeuvre. La pratique de la classe inversée vient renforcer des axes autour desquels ils travaillent, à savoir la différenciation des apprentissages, l’accession à l’autonomie dans le travail, la collaboration avec les pairs ou encore l’estime de soi. Par hybridation elle vient s’appuyer sur les pratiques que nous avons déjà mise en place dans les classes, avec l’ensemble de l’équipe pédagogique.